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Entreprendre au féminin, nos freins, nos leviers

27/11/2023 | 0 commentaires

Si entreprendre est à la portée des femmes, pour beaucoup, le projet reste inaccessible, car l’entrepreneuriat féminin se heurte à des freins qu’il convient de connaitre pour mieux les surmonter.

Les femmes ne sont pas démunies puisque pour entreprendre, elles disposent aussi de leviers qu’elles pourront mobiliser pour atteindre leurs objectifs.

Entreprendre au Féminin, le constat

Comme en témoigne le constat établi par le flash Auvergne-Rhône-Alpes de l’INSEE paru en mars 2023, de nombreux obstacles semblent encore se dresser sur le chemin de l’entrepreneuriat féminin. Nous apprenons notamment qu’à peine 35% des entreprises créées en 2018 étaient dirigées par des femmes.

Le recueil de statistique de l’URSSAF paru en mars 2023 nous révèle qu’en moyenne, l’entrepreneure disposerait d’un niveau de revenu de 18 à 21% de moins que l’entrepreneur.

Pourquoi ces chiffres ont-ils autant de mal à progresser alors que de nombreux dispositifs existent incitant les femmes à embrasser l’entrepreneuriat ? Force est de constater que de trop nombreux freins à l’entrepreneuriat féminin persistent. Connaitre les freins et les leviers avant de vous lancer, vous rendra plus forte.

Entreprendre au féminin, les freins, les leviers à mobiliser.

Entreprendre au féminin, les freins

Les principaux freins pour entreprendre au féminin relèvent de nos croyances1 limitantes2, de l’insécurité financière des femmes, de leur formation et du facteur familial.

Les croyances limitantes

L’une des difficultés pour les femmes à se lancer dans l’entrepreneuriat semble découler de notre histoire. Ce vécu a généré au sein de notre société, des croyances qui, encore aujourd’hui, limitent la femme dans la détermination de ses choix. Seulement 35% des entreprises créées en 2018 l’ont été par des femmes.

Combien de femmes ont eu ce projet en 2018, mais n’ont pas réussi à se jeter à l’eau ? Malgré une solide formation, la femme reste psychologiquement bloquée à l’idée d’aller à contre-courant3 de ce qu’on attend d’elle. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’elle soit jugée par les femmes elles-mêmes .

Les croyances limitantes qui découlent de notre vécu représentent des freins importants à l’entrepreneuriat féminin. Pour s’en convaincre, rappelons quelques dates.

En 1804, le Code civil institutionnalisait l’infériorité de la femme qui « doit obéissance à son mari ». Elle n’obtient le droit de vote qu’en 1944. Jusqu’en 1965, le mariage instituait une forme de tutelle4 du mari sur l’épouse.

L’époque où l’on considérait que la femme ne jouait aucun rôle économique n’est donc pas si lointaine. Celle où la femme était cantonnée à l’entretien de la maison ou encore à la garde et à l’entretien des enfants non plus.

Notre société a évolué vers plus d’autonomie pour la femme et un certain nombre de lois et règlements visent à instaurer une meilleure égalité des sexes. Cependant, les mentalités ont la vie dure. Aujourd’hui encore, les femmes sont majoritairement éduquées pour servir leur famille.

Nos croyances limitantes restent donc des freins à l’entrepreneuriat féminin.

Le facteur famille

La famille peut, elle aussi, représenter un frein à l’entrepreneuriat féminin. En 2021, la femme rencontre toujours plus de difficultés que l’homme, à se dégager de ses obligations familiales.

En couple, le temps de garde des enfants est le plus souvent assuré par la femme. Séparées, elles sont encore plus nombreuses à assurer la garde principale des enfants.

Au temps de garde, s’ajoutent les charges inhérentes à l’entretien du foyer. À cause de ses obligations familiales, les femmes sacrifient plus de temps de travail que les hommes. Elles sacrifient parfois carrément leur carrière.

L’insécurité financière des femmes

Les femmes disposent, en général, de moins de moyens que les hommes pour investir dans l’entrepreneuriat. Selon l’observatoire des inégalités en 2021, elles gagnent 23 % de moins que les hommes. Elles touchent 17 % de moins à temps de travail égal.

Les femmes au foyer5 sont, encore aujourd’hui, beaucoup plus nombreuses que les hommes. Les moyens financiers dont elles disposent s’aggravent généralement en cas de divorce ou de séparation.

Où donc trouver les moyens d’investir dans une entreprise et avoir les moyens de se verser un salaire ? Comment envisager investir lorsque l’on a à charge une famille et que, par ailleurs, le succès n’est pas garanti ? Toutes ces questions constituent de réels freins pour entreprendre.

Lorsque les femmes osent créer leur entreprise, elles ont tendance à s’orienter vers des activités moins rémunératrices (travailleur indépendant, coiffeur, service à la personne, santé, etc.) pour lesquelles elles ont été formées et où le facteur temps6 devient important. C’est notamment le cas des activités règlementées pour lesquelles elles n’ont même pas la liberté de fixer le coût de leurs prestations et faire évoluer à la hausse leur chiffre d’affaires.

Nous savons par ailleurs que la femme rencontre plus de difficultés que l’homme à se libérer de ses charges de famille.

La formation des femmes

Il s’agit cette fois encore d’un fait historique qui voulait que les femmes soient prioritairement orientées vers des formations genrées (habituellement réservées aux femmes) qui conduisent, il faut l’admettre, à des revenus relativement modestes.

Combien de dactylos ou de secrétaires a-t-on formé, appelées aujourd’hui, assistantes administratives ou encore assistantes de direction ? Aussi, les femmes sont majoritairement formées dans certains métiers de la santé (Infirmières, sages-femmes…), de l’action sociale (aide à la personne)…

Entreprendre au féminin signifie donc, généralement, entreprendre dans les métiers pour lesquels la femme aura été formée, ce qui conduit à créer, le plus souvent, une micro-entreprise ou encore à s’installer comme travailleuse indépendante. Ce type d’entreprise, de création et de gestion faciles, conduit malheureusement à des revenus plafonnés.

Notons enfin que les femmes créent moins de sociétés que les hommes, par ailleurs, elles se lancent assez rarement vers les métiers ou activités habituellement réservées aux hommes.

Ces freins connus, arrêtons-nous sur les leviers à mobiliser pour entreprendre au féminin.

Les leviers à mobiliser pour entreprendre au féminin

Entreprendre au féminin nécessite que nous dépassions ces peurs, pour nous tourner résolument vers les leviers qui nous aideront à atteindre notre but.

Nos capacités intrinsèques7

Certains freins cités plus haut ont permis à la femme de développer des capacités non négligeables. Dès lors, ils deviennent des leviers qu’elles pourront mobiliser pour entreprendre.

Le risque financier généralement considéré comme important conduit la femme à murement réfléchir à son projet entrepreneurial avant de se lancer. Ces temps de réflexion et de préparation sont des atouts au service de la solidité et de la pérennité de son projet.

Une fois qu’elle a créé son entreprise, le besoin de revenu devient vital. Le sentiment d’aller à contre-courant de ce que la société attend d’elle, fait qu’elle développe une mentalité de battante qui ne peut qu’être favorable à la pérennité de son entreprise.

La femme entrepreneure pourra également compter sur son sens de l’organisation. Quoi de plus normal, quand on a des prédispositions à tout gérer à la maison ? La polyvalence développée du fait de ses activités traditionnelles lui permet d’assumer plusieurs tâches. Elle est également plus prudente et meilleure gestionnaire.

Les femmes ont un quotient émotionnel naturellement plus élevé que les hommes. Elles font plus facilement preuve d’empathie et ont une meilleure capacité d’écoute. Elles mettent plus facilement en œuvre ces aptitudes au service de leur entreprise et de la réussite de celle-ci.

Les leviers extrinsèques8

Pour mener à bien leur projet de création d’entreprise, les femmes peuvent compter sur des structures d’accompagnement, de formation et de networking9. Ces structures peuvent même être dédiées au public féminin. Notre liste est loin d’être exhaustive, mais a pour but d’illustrer notre propos.

Pour commencer, il y a la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de votre région. Tous sexes confondus, c’est le partenaire incontournable de l’entrepreneur. Il saura vous mettre en relation avec les acteurs économiques fiables, que ce soit pour une aide à la création (aide technique, logistique ou financière), un accompagnement ou une demande de subvention.

Il existe des salons professionnels de grande qualité qui cible le public féminin comme l’excellent salon profession’L, organisés dans plusieurs régions de France. Le salon réunit des professionnels pour vous aider à murir et mettre en œuvre votre projet.  

Il existe de nobreux réseaux d’affaires mais les femmes peuvent compter sur la sororité en rejoignant des réseaux féminins. Il existe plusieurs types de réseaux. Dans tous les cas, il s’agit de s’entourer, collaborer, partager, recommander, se faire vendre, se développer…

En 2022, la dirigeante d’ENM Secrétariat Conseils, a rejoint le réseau Bouge Ta Boîte, un réseau d’entreprise 100 % féminin composé d’environ 1800 « bougeuses » présentes sur toute la France.

Pour finir, nous parlerons des pionnières. Beaucoup de femmes se sont lancées et rien ne dit que c’était facile. Leur réussite témoigne de notre capacité à entreprendre, le challenge est à notre portée. Vous pouvez rencontrer les pionnières lors de conférences, séminaires, ouvrages et autres webinaires. Elles vous apporteront beaucoup par leurs témoignages et surtout, elles vous sortiront du schéma social dont nous avons hérité.

Le mot de la fin

Mesdames, que vous soyez en quête d’autonomie, de défis ou pour donner un sens à votre vie, « tremblez, mais osez ». Créez votre entreprise, votre société . Osez embrasser les domaines d’activité traditionnellement genrés masculin, mais aussi plus rémunérateurs.

  1. Fait de croire à la vérité de quelque chose ↩︎
  2. Même si l’on n’y croit plus vraiment, nous restons dans l’incapacité d’aller à contre-courant des idées largement admises par la société. ↩︎
  3. Sens opposé à la tendance générale ↩︎
  4. La personne est placée sous l’autorité de quelqu’un d’autre. Ici, la femme serait placée sous l’autorité du mari. ↩︎
  5. Elle n’a pas d’activité professionnelle et consacre la majeure partie de son temps aux activités domestiques. ↩︎
  6. Le coiffeur qui exerce seul se trouve bien obligé de positionner ses clients sur une plage horaire précise. Le temps dont il dispose sur une journée limitera de façon certaine ses capacités à faire évoluer son chiffre d’affaires, sauf à diversifier ses sources de revenus.
      ↩︎
  7. qui est inhérent à chacun, ici, une qualité qui est propre à la femme ↩︎
  8. Éléments qui ne sont pas propres à la femme, qui viennent de l’extérieur. ↩︎
  9. Se mettre en réseau, intégrer des réseaux d’entrepreneurs. ↩︎

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